Suzuki V-Strom 650, Suzuki DR 650, Honda 919 Hornet, Honda CRF, est-ce qu’un adage permet de lier la personnalité d’un motard au contenu de son garage ? Si oui, on pourrait dire de Kelly qu’il est à la fois voyageur, aventurier et passionné. Sans oublier le fait qu’il care, mais ça, on le devine plutôt à l’attention qu’il porte à l’état d’usure des composants de nos motos ou à sa colocation intergénérationnelle avec sa mère et son beau-père.
Kelly a rejoint le groupe Bunk-a-Biker peu avant la crise de covid-19 et comme beaucoup d’hôtes à cette époque, les chambres d’ami.es et canapés ont été peu utilisés. En revanche, depuis 2022, il note un retour en force des motocyclistes avides de découvrir les grands espaces canadiens. Cette année, il en a hébergé plus de 30 dont un groupe de 9 personnes, pour plusieurs nuits. « Mon jardin est assez grand pour planter des tentes et cela nous a permis de passer une sacrée soirée à discuter de nos voyages passés et ceux dont on rêve. En plus, la personne derrière Bunk-a-biker, Zee Traveler, était aussi de passage à Prince George, précise-t-il. C’était l’occasion pour nous tous, qui utilisons la plateforme, de la rencontrer. » J’admets que Prince George est idéalement située. C’est la dernière grande ville avant de s’enfoncer dans le nord de la Colombie-Britannique, puis le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest ou l’Alaska. Un arrêt agréable pour celles et ceux qui s’apprêtent à affronter une météo parfois capricieuse et des routes exigeantes bordées de paysages légendaires.

Je bois ses paroles et prends toutes les notes possibles pour préparer ma prochaine expédition dans ces contrées, en 2024. En effet, il a lui-même a effectué cet aller-retour jusqu’à Tuktoyaktuk, ce village au bord de l’océan arctique. Mais il l’admet, aussi bonne puisse être la préparation physique, rien ne garanti d’atteindre le bout de la route : « Le terrain est glissant, rien n’est pavé sur toute la longueur de l’autoroute Dempster au départ de Dawson city, soit 886 kilomètres. Les 150 derniers kilomètres, entre Inuvik et Tuk sont les plus difficiles. S’il pleut, c’est tenter le diable que s’y aventurer. »
L’année dernière, il est parti avec deux amis. Si aucun des trois n’a été blessé et a pu tremper un orteil dans l’eau glacée, l’un des motocyclistes rencontrés en chemin n’a pas eu la même chance. Un virage mal négocié a conduit à la chute tant redoutée – et à sa conséquence, cheville cassée. Bien que l’expérience soit malencontreuse, Kelly reconnaît toutefois que sa présence, ainsi que de celle d’autres riders, a permis à l’infortuné d’être rapidement pris en charge. « Se retrouver en incapacité de remonter en selle, à des centaines de kilomètres de sa destination ou point de départ, est l’une des pires sensations ». Quant à lui, son aventure s’est bien terminée malgré quelques péripéties sur le trajet retour. Alors qu’il devait prendre le traversier retour sur le fleuve Mackenzie, les trois amis se retrouvent face à un ponton inondé, empêchant la montée dans le ferry, qui ne pourra pas être opérationnel avant quelques jours. Ils n’ont pas d’autre solution que de faire appel à un pêcheur dont la barque peut contenir une moto et son pilote, moyennant une somme habituellement réservée à une traversée de plusieurs heures.
En passionné de deux-roues et voyage à moto, Kelly partage ses propres expériences mais se nourrit de celles des autres. C’est aussi pour cela qu’il a endossé le rôle d’instructeur il y a déjà quelques années. Au Canada, les cours ne sont pas obligatoires pour obtenir son permis mais il est fortement recommandé d’y participer. Pour Kelly, ce sont ses expériences et celles des autres qui permettent aux jeunes détenteurs et détentrices d’éviter certaines erreurs et profiter au mieux de la conduite d’un deux-roues. Avis partagé. Après plusieurs pneus usés, des mauvaises conditions météorologiques évitées, et routes alternatives empruntées, les conseils prodigués permettent de se sortir de bien des situations. Ou les éviter.


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