Braaap, braaap. Brrrrr brrrrr. Vuuuuuu vuuuu. Je trouve encore assez compliqué de décrire le bruit d’une moto au vu de la diversité des cylindrés et conceptions de moteurs, sans oublier les particularités des pots d’échappement et leurs silencieux. Ou plutôt, leur absence.
Je reprends.
Braaap, braaap. Brrrrr brrrrr. Vuuuuuu vuuuu. Ça joue de la poignée de gaz à tout-va. Ça fume et ça envoie de la poussière plein les yeux. Ça sent un mélange d’essence et de gomme chaude. On pense souvent à ça quand on évoque les rassemblements deux-roues. C’est vrai que cette image, je l’ai eue par trois fois, au moment d’arriver (et oui, il faut bien se signaler ?), au départ de la balade du samedi, et pour le grand final, dimanche matin. Mais un regroupement moto, ce n’est pas que ça. Et le Backroad Ball, ce n’est pas du tout ça.
Le Backroad Ball, qui s’est tenu les 7, 8 et 9 juillet dernier, est un événement qui s’adresse aux femmes passionnées de moto, motardes, passagères, mécaniciennes. Mais aux femmes avant tout. En effet, comme le soulignent les organisatrices, Kristin et Heather, la dynamique est différente lorsque les femmes organisent et participent à un événement sans hommes, qu’ils soient conjoints, maris, frères, cousins, oncles, amis. De nombreux événements mixtes existent, de nombreux événements dédiés aux hommes aussi, mais le Backroad Ball est unique. Du moins, sur la côte est du Canada.

Il tire notamment son inspiration des rassemblements tels The Dream Roll, à Seattle, ou encore, le Babes ride out, organisé chaque année en Californie depuis 2013. Ce dernier possède même désormais une édition sur la côte Est et une édition off-road. Au Backroad Ball comme au Babes ride out, il n’y a qu’un seul but : faire grandir la communauté de femmes motocyclistes, sans discrimination aucune et peu importe le type de deux ou trois-roues que l’on possède. Et favoriser la rencontre de celles qui partagent une même passion.
Pour cette cinquième et dernière édition, le Backroad Ball avait lieu à River Glade au Nouveau-Brunswick, sur le terrain de motocross MX Park. Un endroit bien choisi pour regrouper les 200 participantes et leur monture. L’impatience et l’excitation étaient palpables sur le site. L’événement avait été reporté par trois fois, la faute au covid-19 et aux multiples contraintes qui ont suivi en 2021 et 2022. Cette fois, c’était la bonne ! De 19 à 75 ans, jeunes détentrices du permis ou au guidon depuis 46 ans, on pouvait sentir dès le début que ce week-end allait créer des souvenirs inoubliables et des amitiés pour la vie. Kristin et Heather avaient accepté deux mois auparavant ma candidature en tant que bénévole. Affectée d’emblée au poste d’accueil, l’occasion était parfaite pour rencontrer les arrivantes et rapidement briser la glace.
C’est de cette manière que vendredi 7 juillet, peu de temps après avoir entamé mon shift avec Amy, à la voix de stentor – mais ça, je ne le découvrirai que le lendemain soir pour la karaoké party – j’en viens à dépanner Jodi. Pas encore habituée à l’ensemble des accents canadiens, je bégaye en lui demandant de répéter sa question. Trois fois. Elle a besoin de regonfler son dirt bike, une Honda CRF250 qui me fait de l’oeil depuis que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la motocross. Alléluia, j’ai mon mini-compresseur. Cependant, il se trouve au camping. Amy me fait signe d’y aller, elle peut gérer sans moi. Je monte derrière Jodi même si « I am not sure it’s meant to have a passenger, but let’s do this ». Et me voilà qui réussi à intégrer les Brap Titties, un groupe de femmes passionnées de moto en Nouvelle-Ecosse, rien qu’en dépannant l’une des co-fondatrices. Et quelle fierté de pouvoir aider à mon tour, après avoir été en position inverse ces 5 dernières semaines.

Au Backroad Ball, on peut arriver sans connaître personne, on ne sera jamais seule. Je retrouve Cassidy, que j’avais rencontré à Trois-Rivières, qui a quitté son poste de mécanicienne dans l’aviation pour effectuer une traversée du Canada, au guidon de sa Varadero 500, deux semaines après moi. Je retrouve aussi Nancy, qui m’avait hébergée à Québec, et quelle joie ! Je rencontre en chair et en os Josée, qui m’avait conseillée pour la bagagerie – et sérieusement rassurée quant au camping sauvage. Je rencontre aussi Sophia, journaliste à Toronto, envoyée pour tester la nouvelle Kawasaki KLR 2023 S, s pour small. Une moto à la conduite si fun et à la garde si basse pour une off-road que mes pieds touchent enfin terre. Je jure que si la marque accepte de me sponsoriser, je pars pour un tour du monde avec. Je découvre les multiples groupes de rideuses, ou plutôt, rideuses devenues amies, qui viennent de Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick, du Québec, et même d’Ontario. Ces groupes sont souvent issus des Litas, un mouvement international, tandis que d’autres sont indépendants comme les Brap Titties, ou liés à des marques, telles les membres de Chapitres de Harley Davidson.
Je rencontre surtout un nombre incalculable de femmes extraordinaires.
Tout au long du week-end, de nombreuses activités ont permis à ces femmes fans de moto de partager leur passion, un court instant et loin des préjugés, avec un respect mutuel et peu souvent observé. Des balades organisées au marché d’équipements pour femmes, en passant par la soirée karaoké et les séances de yoga ; tout était fait pour favoriser les rencontres et faire perdurer cet esprit de camaraderie et d’entraide. SISTERHOOD, c’est ce que la plupart ont répondu pour décrire l’événement. Et c’est sans me forcer que je l’admets, c’était bien vrai.
Le Backroad Ball tire sa révérence après cinq éditions mais l’idée est là et il n’est pas impossible qu’il ne revienne pas sous un autre nom, une autre forme mais toujours, avec la même essence : mettre en avant et célébrer les femmes motocyclistes.
A Kristin et Heather, Kira, Tanya, Kate, Jess, Anna and Adrienne, merci pour l’aventure (et le hoodie) et all the best pour la suite !



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