La Dempster highway, un monstre sacré

Mercredi 24 juillet 2024 restera celui où j’ai réussi à atteindre l’océan Arctique, envers et contre tout, et surtout, après voir affronté la Dempster Highway.

Au Canada, il existe de nombreuses routes de rêves. On peut citer la route des Glaciers entre Jasper et Banff (Alberta), la Sea to Sky entre Vancouver et Whistler (Colombie-Britannique), ou encore la Cabot Trail que j’ai presque enfin pu faire cette année, sur l’île de Cape Breton (Nouvelle-Écosse). Il en existe de nombreuses autres, bien entendu. Mais s’il y en a une qui revêt un caractère particulier, pour moi, comme pour de nombreuses autres personnes, c’est bien la Dempster highway. Cette autoroute attire autant qu’elle effraie, même les plus expérimenté.es. Et ce, tout véhicule motorisé confondu.

Construite en 1958, la Dempster highway démarre à 34 kilomètres au sud de la ville de Dawson, avant de filer à travers de somptueux paysages, jusqu’à Tuktuyaktuk, au bord de l’océan Arctique. Tout au long de ces 740 kilomètres, un territoire que mon imagination peinait à imaginer en amont m’a accueillie les bras ouvert. Mais la beauté a un prix.

Le défi de la route

La route n’est pas pavée, elle est en « gravel ». Et cela commence dès le premier centimètre. Après plusieurs mois de préparation, je m’y attendais. Bien que j’espérais parfois que les faits aient été déformés ou exagérés, j’ai rapidement compris qu’il n’en était rien. La Dempster highway était bien à la hauteur de sa réputation.

Jusqu’à Eagle Plains, au kilomètre 369, la route semblait ne présenter aucune difficulté autre que celle qui consiste à respecter la vitesse autorisée et à anticiper la venue de véhicules dans le sens inverse – véhicules qui déplacent un nuage de poussière souvent aveuglant. Gorgée de confiance grâce à la météo ensoleillée, je ne m’en faisais pas le moins du monde face à ces fines particules. Après tout, mieux valait ça que la pluie qui transforme la chaussée en piscine géante.

Je l’admets, cette section s’est révélée une belle entrée en matière et nous a fournit assez de sérénité pour la suite. Alors que nous entamions notre deuxième journée, les choses ont commencé à se gâter. Nous avons découvert les vents violents de la « hurricane pass » dans Richardson mountains, une section située à quelques kilomètres de la frontière entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest. Heureusement, le brouillard nous empêchait de voir le précipice. Heureusement.

Voilà, nous avions enfin les deux ingrédients magiques qui composent la Dempster : une surface glissante et un changement de météo qui vous prend par surprise. Il nous aura fallu à Arielle, John et moi, assez d’abnégation pour sortir de 20 kilomètres de zone tumultueuse et attraper les deux ferries nous permettant de traverser les rivières Peel et Mackenzie. Exténués, mais heureux. Trois cents soixante-treize kilomètres en presque dix heures – je vous laisse faire les comptes.

On nous avait bien prévenues : vigilance constante ! Et pourtant, cette phase n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attendait entre Inuvik et Tuktuyaktuk. Les 158 kilomètres qui séparent les deux communautés sont les plus durs ; ceux que la plupart redoute. Je savais que j’allais en baver pour atteindre l’océan Arctique et, comme on dit par chez moi, je n’ai pas été déçue du voyage.

Entre gravillons, petits galets, ou encore roches pointues, sur 10 à 20 centimètres d’épaisseur, difficile de savoir ce qui était le pire. « Choisis ta trace et ne la lâche pas » voilà le conseille que l’on m’avait donné et que je donnerai à n’importe qui voudra l’entendre. Ces sillons, creusés par les camions, voitures et pickups, ont autant le mérite de vous aider que de vous mettre en danger. Par trois fois, mon pneu avant s’est un peu trop enfoncé et j’ai découvert le tant redouté wobbling, ou guidonnage en Français. Une fois sortie de ce piège, j’en avais presque oublié les trente derniers kilomètres, où un savant mélange de sable et de coquillages ne demandent qu’à entailler vos pneus.

Tout ça, on l’oublie dès que l’on passe le panneau d’entrée de la ville. On sent l’air marin. On sent la portée de l’océan. Et si parfois le jeu n’en vaut pas la chandelle, ici, il le valait certainement. Oui, cette route est un défi pour beaucoup de motocyclistes. Venir l’affronter requiert préparation, habileté, mais surtout, humilité. Qu’importe l’expérience ou le véhicule, les accidents restent fréquents et peuvent survenir à chaque tournant. Mais la Dempster n’est pas indomptable ! Que l’on s’en retourne ou que l’on continue, chacun.e sort changé.e de cette expérience, et sûrement, plus expérimenté.e.

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