Partir en roadtrip, c’est aussi l’occasion de découvrir une culture, une histoire. On la découvre, racontée par celles et ceux qui vivent sur place, ou par ces monuments encore debout et entretenus ou même par ces formations géologiques préservées et documentées. Le Canada, tel qu’on le connaît actuellement, est considéré comme un jeune pays. Pourtant cette terre a été façonnée il y a des milliers d’années et habitée par différents peuples, à travers les âges. C’est ce que j’ai découvert après ces 30 000 kilomètres à moto.
Pour ce septième volet de la série Histoire et Culture du Canada, direction le Manitoba, pour une expérience surprenante dans l’une des deux provinces des « Prairies ».
Le Manitoba m’a été présenté par des natifs et natives de cette Province, désormais installé.es aux quatre coins pays. La plupart étaient originaires du nord, à des centaines de kilomètres de Winnipeg. Un nord où les températures annuelles dépassent rarement les 20 degrés l’été et les -30 l’hiver ; où les aurores boréales sont des spectacles réguliers ; mais un nord où les populations se font rares. Il faut le rappeler, le grand nord du Canada, ce n’est pas seulement le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. On y accède déjà au Labrador ou au Québec, comme à Fermont. Il suffit d’observer une carte du Canada pour se rendre compte de la superficie habitée, ou plutôt, inhabitée.
Le Manitoba est la cinquième province la plus peuplée du pays. Et il n’est pas étonnant de constater que la moitié de la population vit à Winnipeg, sa capitale provinciale. En s’y rendant, on parcourt des routes vallonnées, parfois montagneuses, et si l’on n’est pas pressé, on peut même passer entre deux lacs – The Narrows est une portion de route qui sépare le Lac Manitoba du Lac Winnipegosis, respectivement deuxième et troisième plus grands lacs de la Province, après le Lac Winnipeg. Le Manitoba est riche en histoire puisqu’on peut y découvrir la progression des Européens depuis l’est atlantique, leurs relations avec les Premières nations (pas les meilleures mais je laisse les professeur.es d’histoire, les récits des descendant.es, et les sources venant de Musées pour vous faire éclairer plus encore) et l’évolution culturelle des diverses colonies.
Fun fact : l’emblème du Manitoba est un bison, c’est lui que vous retrouvez notamment sur les plaques minéralogiques de chaque véhicule immatriculé là-bas. Le bison était l’animal qui pourvoyait les besoins des Premières nations : nourriture, vêtement, outil. Des milliers pâturaient les plaines de la province mais la colonisation a presque anéanti l’espèce. On en comptait une centaine seulement à la fin du 19ème siècle. Deux statues de l’animal encadrent également l’escalier du Palais législatif (Assemblée législative du Manitoba), à Winnipeg. La légende dit qu’ils se nomment Mani et Toba. A vérifier.

Un parcours sur la trace des Vikings
Au Manitoba, vous pouvez construire votre visite sur le thème « Viking » . De la seconde moitié du 19ème siècle au début du 20ème siècle, près d’un quart de la population islandaise a fui un pays à l’économie en berne et aux conditions climatiques trop extrêmes, pour venir s’installer en Amérique du Nord. Au Canada, c’est l’Ontario qui a d’abord accueilli la majorité des colons avant que ces derniers ne se dirigent plus à l’ouest, au Manitoba, et fonder ainsi la Nouvelle Islande. En 1875, plus de 200 d’entre eux se sont installés à Gimli, en bordure du lac Winnipeg, dans une réserve établie sous la loi Dominion Lands Act. Avant de prospérer, la colonie a connu un premier hiver éprouvant et des années marquées par des maladies mortelles contagieuses. Mais après ces débuts difficiles et l’immigration de plus en plus importante de leurs compatriotes, ils ont enfin pu apprivoiser pleinement le territoire.
En visitant Gimli et en vous dirigeant plus au nord et à l’ouest, vers le Lac Manitoba, vous comprendrez aisément le développement de la Nouvelle Islande. De nombreuses sépultures et lieux de commémorations vous rappelleront l’exode de ces Islandais.es et leur volonté de trouver un avenir meilleur, loin de la pauvreté de leur terre d’origine. Eriksdale, Vogar, Arborg, autant de noms de communautés rurales qui vous transporteront les bras dans une autre civilisation.



Mont-Riding, l’un des deux seuls Parcs National du Manitoba
On peut noter le clin d’oeil aux motocyclistes puisque l’un des deux seuls Parcs National, et même le seul mont, se nomme Mont-Riding ou Mount-Riding en anglais. Vous y trouverez des lacs, des plages, des forêts et des sentiers pour randonner à pieds, à vélo et même à cheval ! A moins de 300 kilomètres de Winnipeg, c’est le lieu de villégiature des habitant.es, été comme hiver. Le plus grand lac se situe à l’extrême sur du Parc, c’est le Lac Clear et comme son nom l’indique, son eau est claire comme de l’eau de roche. Les paysages sont spectaculaires et vous n’aurez plus l’impression d’être « dans les Prairies ».

Winnipeg, ville multiculturelle
Winnipeg est la capitale du Manitoba. En 2023, on peut observer les conséquences néfastes de la hausse du coût de la vie, qui touche de plein fouet la population locale. Pourtant, la ville mérite de s’y attarder. Située à la confluence entre la rivière Rouge et Assiniboine, elle avait une importance capitale pour les Premières Nations puis les colons. Le quartier The Forks (La Fourche) est considéré comme l’épicentre de la ville avec un marché couvert, des restaurants et tout type de commerce. De multiples fresques et gravures dépeignent l’histoire de la ville et en déambulant dans les voies piétonnes, on se plaît à découvrir ce coeur battant.
La ville abrite également le Musée canadien pour les droits de la personne, à l’architecture unique. Sujet à de nombreuses controverses par le passé, et parmi les personnes qui me l’ont présenté, il aborde toutefois les enjeux des droits des êtres humains à travers le monde, et pourrait susciter votre intérêt. En traversant la rivière Rouge, on atterrit au quartier Saint-Boniface, l’un des plus vieux quartiers francophones du pays. Maisons colorés et cathédrale vous raviront.
Enfin, une visite au carrefour de plusieurs cultures se termine bien entendu par une dégustation de plats typiques : mention spéciale au dessert islandais Vinarterta, ou au Schmoo Cake, un gâteau à l’influence russe.
| Comment se rendre au Manitoba ? Par voie terrestre : Bordée à l’est par l’Ontario, à l’ouest par le Saskatchewan, au nord par le Nunavut, au sud par les Etats-Unis ; la province est largement accessible par la Transcanadienne et ses routes secondaires. Toutefois, plus vous vous éloignerez de la Transcanadienne, plus la qualité des routes sera inégale. Préparez-vous à passer par de nombreuses routes secondaires en gravier. Heureusement, chaque été apporte son lot de ravalement de chaussées. Par voie aérienne : Winnipeg est l’aéroport international du Manitoba. Il dessert de nombreuses destinations partout dans le monde et à l’intérieur du pays. Il même le 7ème aéroport du Canada en matière de transport de passagers. Pour aller au nord du pays, vous pourrez atterrir à Churchill et découvrir cette communauté, surnommée « capitale mondiale de l’ours polaire ». Par voie ferrée : Au Manitoba, deux compagnies ferroviaires vous emmèneront d’un bout à l’autre de la Province : Canadian National Railway (CN) et Canadian Pacific Railway (CP), ce qui permet notamment de voyager d’une province à une autre au départ de Winnipeg. Par voie maritime : Vous pensiez peut-être que prairies ne rimait pas avec port, ce qui est bien le cas. Pourtant, le port de Churchill existe bel et bien, à l’embouchure de la baie d’Hudson. C’est d’ailleurs le seul port maritime arctique. Il est connecté au chemin de fer de la baie d’Hudson. Toutefois, pensez à réserver en avance, car le port est accessible uniquement de juillet à octobre. Comment se déplacer ? Comme dans les autres provinces du Canada, tout moyen de locomotion routier vous permettra de profiter des grands espaces qu’offrent le Manitoba. |
Pour en savoir plus sur le tourisme au Manitoba, rendez-vous sur la page officielle de l’office du tourisme.


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