D’Est en Ouest, avec Larry et Chantal

Quand j’arrive chez Larry et Chantal, à proximité d’Halifax, je suis à la fois en avance, et en retard. En retard de plusieurs jours. Mais en avance d’une heure sur l’horaire finalement établit. Nous échangions par mail depuis trois mois – une correspondance qui nous a transformés en « penpals 2.0 ». Il participe à ma préparation avant le départ et au cours du voyage, se tient prêt au moindre coup de main technique. Il est non seulement passionné de dirt bike et moto dual-sport mais il est en plus autodidacte en matière de mécanique. A distance, il se renseigne même sur mon trouble intermittent d’injecteur, celui qui ne m’a pas quitté, d’un bout à l’autre du pays. Comme Dan à Montréal, Larry devient mon copilote et technicien de l’ombre, soutien moral et physique, du début à la toute fin. Et l’histoire ne s’arrête pas à mes sept jours passés chez lui et Chantal, au cœur de l’été.

Larry and Chantal on the « old » restored bike

Natif de Nouvelle-Écosse, il n’est qu’au début de sa vingtaine quand il décide de déménager à Vancouver. Un paradis pour cet explorateur qui n’hésite pas à partir au hasard, à la découverte des traces les plus difficiles. Ce qui lui vaut parfois des mauvaises surprises. « J’étais en haut d’une crête avec un ami, dans les montagnes alentours de Vancouver, et mon pneu avant a glissé. Je me suis retrouvé projeté au sol à plusieurs mètres et cassé mon poignet, raconte-il. On était trop loin du camion pour rentrer sur une seule moto, alors je n’ai pas eu le choix que de remonter et compter sur l’adrénaline pour endiguer la douleur. Une fois en voiture direction la maison puis l’hôpital, c’était une autre histoire ! » Entre ses entraînements, balades et courses d’enduro en Colombie-Britannique et États-Unis, il a arrêté de compter les bleus. Les siens, mais aussi ceux de ses enfants.

Vous vous en doutez, la moto devient très souvent une histoire de famille. Les McDowell ne font pas exception. Chantal a découvert ce monde, d’abord en tant que passagère, spectatrice puis conductrice. C’est au guidon d’un Kawasaki KLX 140 que vous la rencontrerez. Petit modèle, maniable et parfait pour apprivoiser cet univers. C’est naturellement que leurs deux enfants, Tristan et Zack, ont suivi le chemin de leurs parents. Quand d’autres apprennent à faire du vélo, eux faisaient déjà rugir le moteur de leurs mini bikes. Et pas seulement lors de courses pour enfants ! Car l’avantage de partager cette passion avec ses parents et de vivre dans un pays comme le Canada, où la plupart des habitant.es apprécient les activités en extérieur, c’est de pouvoir consacrer de nombreuses journées à parcourir les trails du territoire. Après la Colombie-Britannique, les quatre sont revenus poser leurs valises en Nouvelle-Écosse, il y a cinq ans. Les balades n’ont pas cessé, tantôt au Cap Breton, tantôt dans la région municipale d’Halifax, tantôt à proximité de leur nouvelle demeure, entourée de bois.

Si vous ne l’apercevez pas en train de créer de nouveaux tracés sur le terrain privé de son ami Kyle ou d’arpenter la province Maritime sur sa Kawasaki KLR 650, vous aurez plus de chance de retrouver Larry dans son garage en train de réparer divers équipements ou assembler plusieurs pièces pour améliorer les performances de ses deux-roues. Performances, ou sécurité, comme ce phare avant qui rend plus visible sa Husqvarna 701, surtout par temps maussade. Laissons de côté le sujet météo en Nouvelle-Écosse. Comme je le disais en préambule et alors que je n’étais toujours pas arrivée, il a entamé plusieurs recherches afin d’évaluer les causes possibles de mon code erreur d’injection. Si nous avons été incapables de trouver une explication, en dépit de tous les tests effectués – y compris enlever le réservoir plein – cela m’a surtout permis de constater un trait de caractère que beaucoup de motocyclistes ont en commun : son envie de partager ses connaissances, qu’il s’agisse de conduite ou réparation, et son désir d’en apprendre toujours plus, sur la route ou en atelier.

C’est peut-être cela, ce partage de connaissances, qui l’a conduit à cofonder la Sunshine Coast Dirt Bikers Association, lorsqu’il était toujours en Colombie-Britannique. Avec l’association, c’était non seulement le sport dont il pouvait faire la promotion, mais aussi participer à son développement, en matière de public (hommes, femmes, enfants) et d’accessibilité. Et c’est sans hésitation que je l’ai retrouvé, trois mois plus tard, pour entamer un trajet retour en duo. Deux semaines dignes des plus folles épopées où les pépins techniques n’ont rien entachés à la beauté d’une traversée qui fait rêver chaque motocycliste du pays. Et du monde entier. L’histoire continue, puisque c’est avec la famille McDowell que j’ai posé, temporairement, mon casque et mes bottes.

Laisser un commentaire