Histoire et culture du Canada, épisode 3 : La Nouvelle-Écosse

Partir en roadtrip, c’est aussi l’occasion de découvrir une culture, une histoire. On la découvre, racontée par celles et ceux qui vivent sur place, ou par ces monuments encore debout et entretenus ou même par ces formations géologiques préservées et documentées. Le Canada, tel qu’on le connaît actuellement, est considéré comme un jeune pays. Pourtant cette terre a été façonnée il y a des milliers d’années et habitée par différents peuples, à travers les âges. C’est ce que j’ai découvert après ces 30 000 kilomètres à moto.

Pour ce troisième volet de la série Histoire et Culture du Canada, je vous emmène en Nouvelle-Écosse, province la plus à l’est des provinces dites Maritimes.

Alors qu’elle est la deuxième province la plus petite du Canada, elle est pourtant la province de l’Est la plus peuplée avec près d’un million d’habitant.es. Les Premières nations désignaient ce territoire sous le nom de Mi’kma’ki et c’est bien plus tard que la Province a pris ce nom, Nouvelle-Écosse ou Nova Scotia, en l’honneur d’un roi d’Écosse. Au 18ème siècle, la Nouvelle-Écosse a fait partie d’un territoire plus large encore, comprenant une partie du Nouveau-Brunswick, de l’île du Prince-Edouard, du Maine américain et même de la Gaspésie. C’était alors l’Acadie.

Dans le tout premier épisode de cette série, à propos de Terre-neuve, j’ai évoqué la Guerre de 7 ans. Puisque cette série n’a pas pour vocation d’être exhaustive sur l’histoire de la construction du Canada (mais je vous en proposerai une très bientôt), je vais tenter de faire court, sans pour autant oublier d’étapes trop importantes.

Récapitulons. Depuis la colonisation européenne en Amérique du nord et l’expropriation des terres aux peuples des Premières nations, l’Amérique du nord est le théâtre de conflits réguliers entre la France et l’Angleterre. Et l’Acadie, qui se situe entre géographiquement entre la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre, n’est pas épargnée. En 1713, l’Acadie passe officiellement aux mains des Anglais. C’est la signature du traité d’Utrecht. La France conserve néanmoins l’île du Prince Edouard (anciennement île Saint-Jean), l’île du Cap Breton (anciennement île Royale) et une partie de l’Acadie, qui correspond au Nouveau-Brunswick actuel, à la partie Est du Maine (désormais Etat américain) et à la Gaspésie. Les pionniers, qui sont en majorité d’origine française et catholiques, sont gouvernés par la couronne anglaise, protestante. Mais dans les faits, ils jouissent d’une certaine autonomie – autonomie qu’ils ont eu pendant de nombreuses décennies. Les années suivantes, le commerce facilite la cohabitation mais les Acadiens, habitués à leur indépendance et possédant les terres les plus fertiles, suscitent la jalousie. Les gouverneurs anglais commencent à s’agacer du refus des Acadiens de prêter allégeance à la couronne mais la paix règne.

En 1754, les choses se gâtent : une nouvelle guerre éclate, on l’appelle Guerre de la Conquête. Prélude à la Guerre de 7 ans, on peut aussi la considérer comme l’acte premier de ce conflit majeur, avec pour scène, l’Amérique du Nord. Une fois de plus, la France et ses alliés, Nouvelle-France (qui regroupe le Québec actuel, une partie du Labrador et du Manitoba, et la Louisiane) et Amérindiens, sont opposés à la couronne d’Angleterre pour la domination coloniale nord-américaine. En 1755, la déportation acadienne commence, c’est le début d’une période noire. Une grande partie de la population établie dans la Nouvelle-Écosse actuelle est arrêtée et envoyée dans les Treize colonies (correspondant aujourd’hui aux États américains de la côte est) tandis que d’autres réussissent à rejoindre l’île Saint-Jean (île du Prince Édouard), l’île Royale (Cap Breton) ou le reste du Canada. La résistance s’organise également avec les Mi’kmaq , qui ont aidé les Acadien.nes à fuir et à se cacher. Mais les Anglais attaquent la Nouvelle-France et la Forteresse de Louisbourg (île Royale), qui tombe en 1758. Les réfugié.es acadien.nes sont séparé.es et renvoyé.es en France, Nouvelle France ou aux États-Unis.

Aujourd’hui, les communautés francophones de Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick sont acadiennes et, si leur histoire est imbriquée avec celle du Québec, elles n’en restent pas moins différentes. Attention à ne pas assimiler l’ensemble des communautés francophones du Canada avec celles du Québec ! La Fédération Acadienne de Nouvelle-Écosse est très active pour la représentation de la culture dans la province, qui revendique fièrement sa double identité. De nombreuses festivités célébrant l’Acadie ont lieu au cours de l’année, il y de nombreuses écoles françaises sur l’ensemble du territoire et le développement de la culture acadienne est encouragé par le gouvernement.

Eglise de Grand Pré, ville principale de l’Acadie et désormais inscrite au patrimoine mondial de L’UNESCO

En Nouvelle-Écosse, un navire pour illustrer les plaques minéralogiques et pièces de 10 centimes ?

Situé au sud-est de la Nouvelle-Écosse, le village portuaire de Lunenburg est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’ancien bâti a conservé son apparence d’origine ce qui en fait un exemple frappant de l’architecture des premières colonies britanniques en Amérique du Nord. Si vous avez visité la côte est américaine, vous retrouverez de nombreuses similarités avec le village. Cependant, il doit aussi sa réputation au Bluenose. Ce voilier de pêche, construit ici en 1921, est devenu célèbre après sa participation à une course entre pêcheurs des Provinces Maritimes du Canada et de l’état de la Nouvelle-Angleterre. Pendant près de vingt ans, il a dominé la compétition et participé à diverses rencontres, aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe. Pour lui rendre hommage, un timbre à son effigie est créé en 1929. Huit ans plus tard, c’est la Monnaie royale canadienne qui s’y met, en lui dédiant ses pièces de 10 centimes. Si vous doutez encore de sa célébrité, jetez un œil aux plaques d’immatriculation néo-écossaise : le Bluenose y est imprimé !

Les plus grandes marées du monde se trouvent en Nouvelle-Écosse ! (et au Nouveau-Brunswick)

La Baie de Fundy ou Bay of Fundy, en Anglais, est un bras de mer entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Merveille naturelle, c’est ici que l’on trouve les plus grandes marées du monde, qui peuvent atteindre 16 mètres de haut. On dit que c’est à Burntcoat Head, en Nouvelle-Écosse, que les plus grandes marées sont enregistrées, n’en déplaise aux habitants et habitantes du Nouveau-Brunswick. Le parc de Burntcoat Head est ouvert de mai à octobre. N’oubliez pas de vérifier l’horaire des marées pour profiter de votre visite. A marée basse, marcher sur le fond marin est une expérience insolite qui vous permet en plus, d’observer l’écosystème au plus près. A marée haute, vous pouvez naviguer dans la baie en kayak et accéder aux îlots, ou bien, oser une session de rafting pour vivre la puissance des marées ! De nombreux sentiers de randonnées permettent également d’admirer la vue sur la baie. On me dit dans l’oreillette que le parcours du Cap Split est un « must-do ». A bon entendeur !

Comment se rendre en Nouvelle-Écosse ? En tant que province la plus à l’Est des Maritimes, vous n’avez pas d’autre choix que de traverser une autre province si vous venez par la route, ou bien prendre l’avion ou le ferry, si vous venez d’Europe, des États-Unis, ou des îles de Terre-neuve et du Prince Édouard.

Par voie terrestre : La Nouvelle-Écosse est limitrophe du Nouveau-Brunswick, seul point d’entrée par voie terrestre. Au nord, sur l’île de Cap Breton, la ville de Sydney est à 6 heures de Fredericton, capitale du Nouveau-Brunswick, et à 12 heures de la ville de Québec, en empruntant la route transcanadienne. Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse, est à respectivement 10 heures de la ville de Québec et 4h30 de Fredericton.

Par voie aérienne : Halifax est l’aéroport international de Nouvelle-Écosse. Plusieurs compagnies aériennes proposent des vols directs pour Paris, Londres et d’autres villes européennes. Un bus relie l’aéroport au centre-ville de Halifax en 50 minutes, avec des trajets quotidiens.

Par voie ferrée : Avec Via Rail, vous rejoindrez Montréal depuis Halifax. Il y a 10 arrêts avant cette destination finale, solution idéale pour découvrir le Nouveau-Brunswick et la région du Bas-Saint-Laurent au Québec.

Par voie maritime : Plusieurs services de traversier vous permettront d’aller et venir, en direction de l’île de Terre-neuve, l’île du Prince-Edouard, le Nouveau-Brunswick et même, l’État du Maine. Marine Atlantique relie Sydney, Nouvelle-Écosse, à Port-aux-Basques, Terre-neuve-et-Labrador, en 7 heures ; et à Argentia, Terre-neuve-et-Labrador, en 16 heures. Depuis Yarmouth, vous rejoindrez le Maine en 3h30. Pour Saint John au Nouveau-Brunswick, comptez environ 2h30 depuis le port de Digby. Pour rejoindre l’île du Prince Edouard, vous prendrez le ferry à Pictou pour une traversée d’environ 1h15.

Comment se déplacer ? En Nouvelle-Écosse, difficile de se passer de voiture. Toutefois, à Halifax, vous trouverez un réseau de transport en commun qui dessert la municipalité. Quant aux voyages au sein de la Province ou en direction du Nouveau-Brunswick et de l’île du Prince-Édouard, vous pouvez utiliser les services de Maritime Bus. En été, cela vaut le coup d’explorer cette province à vélo. Elle saura vous ravir par ses paysages uniques et divers, de la région de Yarmouth au sud, à l’île du Cap Breton.

Pour l’article en anglais, c’est par ici.

3 réponses à « Histoire et culture du Canada, épisode 3 : La Nouvelle-Écosse »

  1. […] 5500 francophones, en incluant les Acadien.nes. Comme expliqué dans mon précédent article sur la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard faisait partie d’une région bien plus vaste au 17ème et 18ème […]

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  2. […] vous l’avez lu, je l’espère, dans l’article sur la Nouvelle-Ecosse, l’Acadie a été tantôt sous influence anglaise ou française ; tantôt indépendante ; […]

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