Histoire et culture du Canada, épisode 1 : Terre-neuve-et-Labrador

Partir en roadtrip, c’est aussi l’occasion de découvrir une culture, une histoire. On la découvre, racontée par celles et ceux qui vivent sur place, ou par ces monuments encore debout et entretenus ou même par ces formations géologiques préservées et documentées. Le Canada, tel qu’on le connaît actuellement, est considéré comme un jeune pays. Pourtant cette terre a été façonnée il y a des milliers d’années et habitée par différents peuples, à travers les âges. C’est ce que j’ai découvert après ces 30 000 kilomètres à moto. Pour ce premier volet de la série Histoire et Culture du Canada, je vous emmène à la découverte de Terre-neuve-et-Labrador.

L’île de Terre-neuve seule n’est pas une province. Avec la péninsule de Labrador, elle forme la dixième province canadienne et prend le nom de Terre-neuve-et-Labrador en 2001. Le Labrador est rattaché à l’île, en 1927, après une longue dispute entre le Canada et l’Empire britannique. Et c’est en 1949, après deux référendums d’autodétermination, que Terre-neuve-et-Labrador rejoint le Canada. En effet, Terre-neuve était jusqu’alors un Dominion de la couronne d’Angleterre. Aujourd’hui, la province compte environ 530 000 habitant.es dont 94 % vivent sur l’île.

Fun fact : Les habitants et habitantes de Terre-neuve (Newfoundland) sont surnommé.es Newfies et considéré.es comme étant les personnes les plus hospitalières et altruistes du pays. Après 10 jours sur le territoire, expérience confirmée et validée !

Des Vikings à Jean Cabot, la colonisation européenne de l’île de Terre-neuve

Bien avant l’arrivée des colons français et anglais, les Vikings ont posé les pieds sur l’île de Terre-neuve, à l’Anse-aux-Meadows, site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1978. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour les traces d’un ancien village et de déterrer de nombreux artefacts. On date ainsi leur arrivée aux alentours de 1021. Les reconstitutions prouvent que ces Norsemen, aussi appelés Hommes du Nord ou Normands, ne souhaitaient pas s’établir dans la durée, mais recherchaient plutôt des matières premières, comme le bois, dont ils ne disposaient pas au Groenland.

Un parcours de plus de 500 kilomètres permet de retracer leur progression, c’est le Viking trail. Il vous emmènera de Saint-Anthony, village rendu célèbre par son phare au Parc national de Gros Morne, qui vous invitera à découvrir un fjord majestueux. En chemin, difficile de manquer, Port-au-Choix, l’une des plus anciennes communautés francophones ; ou encore « les Arches », une formation géologique façonnées sur l’ancien littoral calcaire par la force des vagues. A marée basse, vous pourrez même marcher sous ces arches !

Pour poursuivre la découverte de l’île sous le prisme de la colonisation européenne, direction l’est. Notre prochaine arrêt se nomme Bonavista. Le village a été rendu célèbre par Jean Cabot. De son nom d’origine Giovanni Caboto, l’explorateur vénitien revendique même la paternité de la découverte de l’Amérique du nord. Rien que ça. Nous sommes en 1497. La légende dit qu’il se serait exclamé « Oh Buon Vista » à peine débarqué de son navire donnant ainsi son nom au lieu.

Le village, qui compte environ 3500 habitant.es à l’heure actuelle, vit toujours de l’industrie de la pêche et du tourisme. Outre la présence de la statue du navigateur et la réplique grandeur nature de son bateau, Bonavista est un lieu incontournable pour l’observation de la faune. Elle abrite notamment l’une des plus grandes colonies de macareux du pays. Nul besoin d’excursion ; un casse-croûte, des jumelles (ou une bonne vue) et un peu de patience, et vous aurez tout le loisir d’observer ces étonnants oiseaux. Au début de l’été, vous pourrez également suivre la descente des icebergs le long des côtes et profiter du ballet de nombreuses baleines, dont la migration se poursuit sur plusieurs semaines. Impossible de ne pas s’émerveiller devant un tel spectacle.

A moins de deux kilomètres du phare de Bonavista, vous tomberez également sur un site atypique : le Parc du Donjon (Dungeon Provincial Park). Creusé par les eaux, l’arche à deux ponts forme une cavité où l’eau s’engouffre et se retire – un phénomène encore plus impressionnant en cas de fortes marées. Et si vous hésitez toujours à visiter l’endroit, sachez que le géoparc de Bonavista a reçu le précieux label Géoparc de l’UNESCO en 2020.

Une communauté basque au Labrador, vraiment ?

Vous avez bien lu. Au 16ème siècle, bien des années après la première découverte de Labrador et de Terre-Neuve par les Vikings, et après l’arrivée des premières colonies européennes ; des pêcheurs basques ont décidé de s’implanter sur la côte nord-est du Labrador (et du Québec). Toutefois, l’épicentre de cette industrie se trouve dans le village de Red Bay. Ce n’est pas la morue, en profusion dans la mer du Labrador, qui a motivé cette installation mais la présence de nombreuses baleines. L’huile de baleine était très recherchée en Europe, pour deux utilisations très distinctes : source d’énergie pour les lampes ou fabrication de savon. C’est ainsi que les basques, francophones et espagnols, ont contrôlé la pêche de la côte nord-est pendant près d’un siècle.

Red Bay est classé monument historique du Canada en 1979 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1913. De nombreux vestiges de cette époque y sont présents et si vous empruntez le sentier Boney Shore, préparez-vous à une vue à couper le souffle. En surplomb, vous aurez face à vous, le village, l’île Saddle et l’immensité de la mer du Labrador avec, en prime, une vue exceptionnelle sur les icebergs. Si vous êtes fine bouche, je vous conseille le fish and chips du Whaler’s Restaurant, considéré comme le meilleur de la côte atlantique. Vous pouvez entrer dans le restaurant les yeux fermés. Tout est fait maison et on a presque l’impression d’y être.

Célébrité inattendue pour Gander et son aéroport

Gander est une petite ville de 12 000 habitant.es à Terre-Neuve, à une centaine de kilomètres des villages touristiques Twilingate et Bonavista. Bien que ville de taille moyenne, elle possède un aéroport international, Gander International Airport, construit en 1935 et choisi pour sa position stratégique sur l’axe Londres – New York, qui permettait aux avions de faire le plein pour effectuer la traversée entre le vieux et nouveau continent. C’est par la présence de cet aéroport que la ville a acquis une nouvelle renommée. Le 11 septembre 2001, peu de temps après les attaques des tours jumelles, l’espace aérien d’Amérique du nord est fermé par les autorités canadiennes et américaines, laissant ainsi près de 40 avions dans l’incertitude. Où atterrir en toute sécurité ? Le Premier ministre canadien de l’époque alors propose l’aéroport international de Gander comme seule solution viable. Près de 7000 passagers et membres d’équipage atterrissent alors en urgence. Pendant une semaine, ils sont hébergés, nourris et pris en charge par la ville et sa population, bénéficiant ainsi de l’hospitalité légendaire des habitant.es de Terre-Neuve.

Signal Hill à Saint John’s, ancêtre de nos communications actuelles

Saint-Jean de Terre-neuve est la capitale de l’île de Terre-neuve. Dynamique et attractive, elle doit son nom à l’explorateur Jean Cabot. Elle est non seulement la ville la plus à l’est de l’Amérique du Nord, mais aussi l’une des plus vieilles colonies européennes du continent. Mais étonnamment, plus vous vous enfoncez au cœur de la ville, plus vous aurez l’impression d’être à San Francisco. Ou du moins, de voir surgir devant vos yeux des photos de la ville californienne : dénivelé important, rues aux pentes raides et maisons colorées qui témoignent de l’installation des colons ; le parallèle est frappant. Mais ce n’est pas Saint-Jean qui m’intriguait, c’était, plutôt, Signal Hill, la colline en surplomb. L’attraction apparaissait même en 3ème position des sur TripAdvisor, avec une note de 4,2/5. Immanquable non ? Avec une vue imprenable sur la ville et ses environs, plusieurs sentiers pédestres pour admirer la côte, et une riche histoire : le cocktail avait tout pour plaire.

Un peu d’histoire : La Bataille de 7 ans, ça vous parle ? Une fois n’est pas coutume, Français et Anglais se sont écharpés. Cette fois, la bataille a eu plusieurs fronts, en Europe, dans les Amériques, en Asie et a impliqué diverses alliances, entre la France et l’Espagne, et l’Angleterre et la Prusse. Le conflit démarre en 1756 et se termine en 1763. Et c’est précisément ici, à Signal Hill, le 15 septembre 1762, que le théâtre américain du conflit a pris fin, avec une victoire anglaise. Que notre fibre patriotique ne s’en offusque pas, les Anglais ont été plus rusés. Ou téméraires. Ou les deux.

Un peu plus tôt dans l’année 1762, l’armée française, alors menée par le Comte d’Haussonville, obtient la capitulation des forces anglaises à Saint-Jean. Signall Hill est un point stratégique, pour l’attaque et la défense. Sa position surélevée permet aux troupes françaises de surveiller les mers et les terres. La tour de guet est alors renforcée par des pièces d’artillerie lourde et des troupes sont ajoutées à la garnison déjà présente. Cela ne suffit pourtant pas à prévenir une attaque surprise de l’armée anglaise. Le 15 septembre 1762, les Anglais prennent d’assaut la colline. 300 soldats français sont tués et le reste, environ le double, doit se retrancher à Fort Williams, en contrebas au coeur de Saint-Jean, abandonnant ainsi la position stratégique et l’ensemble de son armement. Trois jours plus tard, les vaincus n’ont pas d’autre choix que de se rendre. Et c’est la fin des haricots pour la France, qui laisse la Grande-Bretagne devenir la puissance dominante en Amérique du Nord. Le résumé est succinct mais je vous encourage à en lire davantage sur le sujet.

L’autre élément intéressant et qui ne figure pas toujours dans les manuels scolaires (ou que vous avez peut-être oublié, comme moi), c’est le rôle de Signal Hill dans l’histoire des télécommunications. On pourrait même dire que c’est le lieu où tout à commencé pour nos communications actuelles. Le 12 décembre 1901, Signall Hill a reçu le premier signal transatlantique : trois bips qui, en morse, correspondent à la lette S. On doit la paternité de cette réussite à l’inventeur et physicien italien Guglielmo Marconi. En 1896, il élabore une machine capable d’émettre et recevoir un signal longue distance en utilisant le morse. Il réussit un essai entre la France et l’Angleterre, au-dessus de la Manche. Il souhaite vérifier son invention sur une plus longue distance, au-dessus de l’océan atlantique cette fois. Il positionne sa station émettrice dans les Cornouailles, en Angleterre, et la station de réception à Cape Cod, dans le Massachusetts. Toutefois, une tempête abîme la première, qui doit être remplacée par une station émettrice de plus courte distance. L’inventeur troque la station de réception de Cape Cod pour Saint-Jean-de-Terre-Neuve, plus précisément dans l’hôpital construit sur les hauteurs de Signal Hill.

Si l’hôpital a disparu depuis longtemps, vous pourrez toutefois visiter la Tour de guet et son musée, pour en savoir plus sur ce lieu empreint d’histoire.

Comment se rendre à Terre-neuve-et-Labrador ?

Par voie maritime : un ferry relie Sydney, en Nouvelle-Écosse, à l’île de Terre-neuve. Vous aurez le choix entre Port-aux-basques, sur la côte sud-ouest (comptez 7 heures de traversée) ou Argentia, sur la côte est (comptez 16 heures de traversée). Côté Labrador, vous pouvez prendre le ferry qui relie l’île au continent, entre St Barbe Terre-neuve) et Blanc-Sablon (Québec), situé à quelques kilomètres de la première ville du Labrador, L’Anse-au-Clair.
Par voie terrestre : Pour rejoindre le Labrador, il n’y a pas 36 points d’entrée par voie terrestre et les deux vous font passer par le Québec. A l’ouest, la route 389 du Québec rejoint la route 500 du Labrador, entre Fermont et Labrador City. A l’Est, la route 138 du Québec se transforme en la route 510 du Labrador, et relie Blanc-Sablon (Québec) à L’Anse-au-Clair (Labrador). Cette route est légendaire et fait partie de l’Expédition 51.
Par voie aérienne : Au Labrador on retrouve deux aéroports : Wabush et Happy-Valley-Goose-Bay. Quant à l’île, elle dispose de deux aéroports internationaux, Saint John’s et Gander, et trois autres aéroports avec des liaisons pour rejoindre le continent : St Anthony, Deer Lake et Stephenville. Vous pouvez aussi atterrir et repartir de Blanc-Sablon (Quebec) avant de prendre le ferry pour l’île, ou poursuivre en voiture sur le continent.

Comment se déplacer ? A pieds, en vélo, en moto, en voiture. Terre-neuve regorge de trails à arpenter et les routes secondaires qui permettent de sortir de l’autoroute Trans-Canada sont un délices pour les cyclistes et motocyclistes. Si vous préférez l’automobile, pensez toutefois à réserver votre location en amont, la demande est logiquement forte en pleine saison. Au Labrador, l’unique route qui traverse la région est un « must-do » pour tous les amateurs et amatrices de roadtrip en pleine nature et vous promet des points de vue grandioses, doublés d’un véritable sentiment de plénitude. Pensez au jerrycan entre les 430 kilomètres qui séparent Happy-Valley-Goose-Bay de Port-Hope-Simpson puisqu’il n’y a pas de service (cellulaire, supermarché, station essence).
Pour ne rien rater et préparer votre visite, le site d’information touristique de Terre-neuve-et-Labrador (en anglais) regorge de conseils. Une carte interactive vous permettra de vous préparer au mieux. Vous pouvez aussi commander en amont le guide version papier.

Pour l’article en anglais, c’est ici.

Laisser un commentaire