Mardi 6 septembre, me voilà presque au bout de cette traversée du Canada. J’arrive à Vancouver et c’est Noa, jeune israélo-canadienne, qui a répondu à mon appel pour m’offrir gîte et couvert pour deux jours. Jeune femme de trente ans, passionnée de deux-roues motorisés ou non, et qui s’envole bientôt pour la France, la similitude de nos parcours est troublante.
C’est au Starbucks café de Squamish que j’ai rendez-vous avez elle. Le lieu est rempli de motos à l’allure sportive, tout comme leurs conducteurs et conductrices respectives. Noa n’y coupe pas. Cheveux courts, bottes, pantalon et veste de racing plus que de touring, assise face à sa KTM Duke 690, il me suffit d’un coup d’œil pour le comprendre. Elle fait partie de ce groupe qui apprécie pleinement la conduite d’une moto sportive, où la recherche de la trajectoire parfaite pour prendre un virage en épingle à cheveux, bien au-delà des 60km/heure recommandés par la signalisation, se dispute à la recherche de la vitesse maximale à laquelle rouler sans peur. La vitesse n’étant pour ces pilotes qu’un facteur lié au plaisir de la conduite et non un besoin quotidien, bien loin du cliché des « têtes brûlées ». C’est pour cela que Noa s’entraîne depuis peu sur des pistes officielles, comme à Seattle, grande métropole américaine située à quelques heures seulement de Vancouver. « Mon but est de parvenir à poser mon genou, comme peuvent le faire les professionnel.le.s », précise-t-elle. Si travailler sur ses capacités techniques permet de s’affranchir de certaines peurs, c’est aussi un gage de sécurité pour soi et les autres usagers de la route. De cela, son père Aric en est également convaincu.

Originaire d’Israël où il a vécu toute sa vie avant d’emménager récemment en Colombie-Britannique, Aric ne conduisait que des scooters. Passé cinquante ans, il a décidé qu’il était temps d’obtenir son permis deux-roues, d’abord pour sortir plus rapidement des embouteillages, ensuite pour faire de plus longs trajets. Et il n’a pas compté ses heures. Malgré son âge, l’instructeur était satisfait de le voir sans mauvaise habitude de conduite. « Ma première leçon a été simple, j’ai compris que nous étions comme un handicap pour la moto, affirme-t-il. Serrer trop fort les poignées ou être contracté en se déhanchant, c’est cela qui provoque des chutes ou pertes de contrôle. Il m’a fallu de nombreux cours, mais depuis, je peux rouler à 200km/heure sans me sentir en danger. » Le témoignage, honnête, peut surprendre. Mais à le voir et à observer la légèreté avec laquelle il se déplace sur sa BMW R 1250 RS, il ne fait aucun doute que le quinquagénaire en a une maîtrise parfaite.
Noa possède, elle aussi, cette naturelle capacité à ne faire qu’une avec sa moto, qu’il s’agisse d’affronter les embouteillages du centre-ville de Vancouver ou profiter d’une matinée pour effectuer la balade Sea to Sky, de Vancouver à Squamish. Et lorsqu’elle roule avec Aric, il ne fait aucun doute que le duo père-fille n’a pas besoin d’intercoms. Tous les deux savent d’avance comment la danse va se dérouler. Parce qu’avec eux, il s’agit plutôt d’un ballet que d’une balade.
Version anglaise disponible ici.


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