Après Michelle et Rob à Winnipeg puis Tim à Maryfield, Elaine et Marc sont les troisième hôtes que je rejoins sur recommandation de Lyna. J’ai le sentiment d’incarner le petit Poucet, version motarde ; énergumène en terre étrangère, guidée par le vent et de petits cailloux laissés ici et là par les bonnes personnes. J’arrive à Airdrie en fin de journée, une ville en pleine expansion face à la difficulté de logement à Calgary. De nouveaux lotissements sont en construction aux quatre coins de la ville. Le contraste est saisissant avec ces derniers jours où je suis surtout passée à travers des communautés rurales, observant tour à tour des villes de taille moyenne ou villages, allant de fermes en fermes, et sans apercevoir une once de béton. Ou presque.
Chemise à carreaux verts et noirs, jean Levis, casquette et converse aux pieds, pour Marc ; veste Harley Davidson, jean et bottes en cuir noir pour Elaine, j’ai dû mal à croire qu’ils ont respectivement 70 et 65 ans. Mais comme j’ai souvent pu le constater, voyager à deux-roues vous gratifie d’une sorte de jeunesse éternelle. Elaine et Marc n’en sont pas exempts. Et ils incarnent bien cette génération où la moto signifie liberté retrouvée. Une liberté du corps et de l’esprit.
Elaine a dix ans quand elle reçoit « la piqûre ». En vacances chez sa grand-mère au Québec, elle observe quotidiennement des motards passer devant la maison. Décidée et passionnée, elle affirme alors haut et fort « Un jour, ce sera moi ». Aller où elle veut, quand elle le veut, explorer les environs ou lieux plus éloignés, l’idée ne la quitte pas jusqu’à l’obtention de son permis, en 1973. Elle attendra pourtant une dizaine d’année avant d’obtenir une Kawasaki ZX650, en 1984.

L’histoire de Marc n’est pas si différente. Selon lui, il n’y a pas de meilleur manière d’explorer qu’au guidon de sa moto. Né au Saskatchewan, dans une famille francophone et avec un père militaire, les changements d’adresse sont nombreux. Cela signifie surtout une porte ouverte sur le monde. Après le Saskatchewan et Quebec, il passe quelques années de sa jeune vie d’adulte en Europe. Il parcourt aussi bien les routes pavées que les chemins de campagne, découvrant la France et ses manifestations de Mai 1968, mais aussi l’Europe centrale et de l’est dans un temps où la Tchécoslovaquie existait encore et où le passage à la douane pour accéder à l’Afrique du nord était une simple formalité.

Deux parcours guidés par la moto mais deux individus qui ne se rencontreront pas avant des années. Une rencontre logique, quand on les voit ensemble. Une rencontre logique, quand on apprend que leur famille se connaissait, il y a 13 générations de cela. La famille Chartier est arrivée sur l’île d’Orléans, à proximité de la ville de Québec, en 1666. Quant à la famille Brochu, c’est deux ans plus tard qu’elle s’est installée, du même côté de l’île, à seulement 2 kilomètres de là. Aujourd’hui, Elaine et Marc vivent à Calgary et font partie des 500 000 francophones de l’Alberta, troisième province canadienne derrière l’Ontario et le Nouveau-Brunswick (hors Québec, évidemment). Tous les deux partagent la même passion, qui les emmène loin, longtemps et de tout temps. Ils ont fait de nombreux voyages au Canada et aux Etats-Unis et n’ont jamais peur de partir pour des étapes de 1 000 kilomètres. Partir au petit matin et rouler jusqu’au coucher du soleil, c’est leur manière de profiter pleinement et apprécier la ride. « Malgré ces longues journées, on prend le temps de s’arrêter, observer les vues et se balader, indique Elaine. On est habitué à ce rythme, que l’on parte pour un week-end ou deux semaines ». Ce rythme est pourtant parfois exagéré, comme elle le précise en riant. « Un jour Marc a fait ville A-ville B d’une traite. 1800 kilomètres. C’était trop, il a dormi deux jours après ça. Mon maximum était de 1400 kilomètres, histoire de valider un défi de l’Iron butt ». Un défi qui consiste à effectuer 1000 miles (1400km environ) en moins de 24h. Tentant !
Désormais à la retraite, le couple planifie ses prochains voyages sur plusieurs semaines, voire mois, avec en ligne de mire, l’Europe et pourquoi pas, un retour vers le grand nord du Canada, terrain de jeu de celles et ceux pour qui l’aventure est devenu un mode de vie.



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