« At last, we meet ! » Après avoir lutté contre un vent de côté sur la transcanadienne 1 pendant plus d’une heure la veille, j’arrive enfin chez Larry et Deb, qui m’accueillent de nouveau comme un membre de leur famille. Et pour le couple, dont la vie est digne d’un film d’Arthur Penn (dont je vous encourage à vous enquérir de la filmographie), c’est peu dire.
Larry, originaire de Vancouver, a fait les 400 coups de 12 à 30 ans, un âge qu’il ne pensait pas atteindre. Deb, originaire de la région d’Ottawa, a subi de nombreuses restrictions : garde de ses plus jeunes frères et sœurs, couvre-feu imposé, et toutes les autres injonctions liées à son statut de fille puis jeune femme. C’est presque un choc pour ses parents lorsqu’elle leur annonce se marier avec Larry, dont ils n’avaient jamais entendu parler auparavant. La date est fixée trois semaines plus tard, dans l’Ouest. « J’avais 23 ans, il en avait 29. On était bien ensemble, c’est aussi simple. On a célébré ce mariage à Vancouver et comme on n’avait prévenu personne, Larry n’avait pas de témoin. Il est sorti afin de trouver un inconnu mais c’est sur une vieille connaissance qu’il est tombé ! »
Six ans plus tard, Larry et Deb prennent le large direction le centre de la Province avant de s’établir en Alberta. Ils viennent tout juste d’avoir un fils et veulent échapper à de mauvaises influences. Brooks est alors une petite ville, où ils peuvent investir dans une grande propriété et effectuer les transformation nécessaires pour l’adapter à leur goût. Et se doter d’un immense garage pour y entreposer leurs motos. Comme beaucoup de motocyclistes de sa génération, Larry commence très tôt au guidon de dirt bikes avant de passer son permis. Ou plutôt, de se rendre dans un centre de délivrance de permis et l’obtenir. Sweet old times. Deb a préféré rester passagère et traverser le pays avec son mari pendant de nombreuses années et encore maintenant, sur une Harley Davidson Electra Glide de 1993 !



Il y a 4 ans, le couple s’est inscrit sur le site bunk-a-biker. « Partager nos expériences, écouter les aventures des personnes qui viennent ici pour un ou deux jours, c’est notre manière de continuer à voyager, explique Deb. Cette année, on a reçu une quinzaine de personnes, c’est notre meilleur score ! ». Comme ils connaissent la région et ses moindres recoins, Larry et Deb se révèlent de formidables guides. Explications.
Alors que je traversais les Prairies, j’ai entendu plusieurs fois « Ne va pas à Brooks, il n’y a rien à faire ». Surprise ! Encore une fois, l’appréciation se trouve fausse et infondée et mes hôtes participent à mon enrichissement culturel. La ville, de taille moyenne, est un exemple type de la transformation économique et culturelle de la Province. En Alberta, c’est l’industrie pétrolière et gazière qui est reine. Pourtant, elle est suivie de près par l’agriculture, ce qui représente un challenge important, compte tenu de la faible ressource en eau dont elle dispose, comparé au Manitoba ou à l’Ontario. En 1912, les autorités se penchent sur la construction d’un aqueduc afin de rendre cultivables les terres situées à l’est de la ville. Le projet est conduit par la société de Chemin de fer Canada Pacifique. Deux ans plus tard, l’aqueduc s’élève dans les airs sur plus de 3 kilomètres. Si l’édifice est remplacé en 1979 par un système d’irrigation moins vulnérable aux conditions climatiques extrêmes, il n’en reste pas moins une véritable prouesse technique, qui deviendra Monument historique national en 1983.


Je découvre également le Parc Provincial Dinosaur, situé au cœur des Badlands, et inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Grâce aux fouilles archéologiques entamées à la fin du 19ème siècle et qui se poursuivent toujours, plus de 450 squelettes de dinosaures ont été prélevés. Ils représentent une cinquantaine d’espèces différentes, ce qui en fait le plus important vestige de l’âge des reptiles. La plus grande collection est exposée au Royal Tyrrell Museum of Paleontology de Drumheller, mais plusieurs musées à travers le monde ont fait l’acquisition de fossiles provenant de ce site archéologique.
Ainsi, si Brooks souffre parfois d’une mauvaise publicité due à son industrie bovine et à son rang de numéro 2 du Canada en matière d’abattage, la ville n’en reste pas moins un point d’entrée intéressant pour découvrir la richesse culturelle de l’Alberta. Et si vous décidez d’y faire un arrêt, ne manquez pas l’hôtel-restaurant à Patricia, une bourgade à quelques kilomètres, restée dans son jus et qui vous projettera à l’époque où le saloon était à la fois lieu de rencontre, de commerce, et de loisirs.





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