De Trois-Rivières à Rimouski, avec Annie

Annie la guerrière, Annie la combattante. Mais aussi Annie au franc-parler et au rire contagieux. C’est l’impression qu’elle m’avait donné lors de notre première rencontre en Facetime et c’est aussi comme tel que je l’ai retrouvée, en chair et en os, à Rimouski.

Son parcours de vie n’a rien d’une promenade de santé, et l’expression est bien choisie ici. La trentaine a peine dépassée, mère célibataire à Montréal, on lui diagnostique un cancer du sein. Impossible de se laisser aller, elle se bat contre ce maudit crabe et remporte la manche. La première. Voilà qu’un peu plus de dix ans plus tard, rebelote. Même si les enfants sont enfin adultes et qu’une nouvelle vie l’a éloignée de la cadence effrénée de la capitale culturelle du Québec, elle doit se replonger dans la médication et arrêter toute activité professionnelle. C’était l’année passée. Et la moto dans tout ça ?

En Février dernier, plongée dans cette constante préparation au départ grâce à divers ressources glanées sur internet, je la sollicite pour en savoir plus sur les femmes qui pratiquent la moto-aventure au Québec. C’est mon tout premier contact outre-atlantique. Et c’est aussi la personne qui, non seulement me permettra de commencer et terminer ma boucle de l’est du Canada, mais me fera découvrir les événements spécialement dédiés aux motardes, comme le Backroad Ball, ainsi que la médiatisation de la moto au féminin, comme la série « Filles de moto » produite par Catherine David.

J’avais choisi pour première étape, Trois-Rivières, pour diverses raisons, dont le test du chargement de mon équipement. Annie à peine informée et me voilà mise en relation avec sa sœur, qui venait tout juste d’y emménager. Plus tard, aux Escoumins, c’est chez Stéfane qu’elle m’envoie. Alors qu’elle m’avait déjà permis d’entrer facilement dans le monde de la moto au Québec, j’obtenais en plus mes premiers logements, exactement là où je souhaitais me rendre.Décidément, le hasard fait bien les choses. Et c’est finalement 45 jours après le début de l’aventure que nous nous retrouvons enfin, dans la maison qu’elle occupe avec son conjoint Mickael, lui aussi motard.

Mickael, qui a été l’élément déclencheur pour qu’elle se décide à passer le permis : « C’est souvent une question de timing et avant, il y avait plein de circonstances qui ont fait que je ne pouvais pas. J’ai attendu la quarantaine et j’ai rencontré Mickael. Il avait le permis depuis quelques temps déjà et faisait surtout du hors-route. J’ai su que c’était le moment !» Mickael encore, qui sourit en repensant à certaines remarques de motocyclistes, se demandant comment il a bien pu laisser Annie se doter d’une Royal Enfield Himalayan : « Tout d’abord, ce n’est pas ma moto. Ensuite, c’est une moto parmi tant d’autres. Enfin, quel droit ai-je pour décider de ce que peut ou ne peut pas acheter ma compagne ? ». Et un point de plus pour la team féministe. Cette anecdote de l’Himalayan n’est pas anodine. Il s’agit bien là d’un choix propre à un usage précis, comme pour beaucoup de deux-roues, le côté esthétique mis de côté. Dans son cas, Annie, qui avait fait ses armes en trail avec une Yamaha XT 250, souhaitait une moto double-usage pas trop haute pour toucher terre et se sentir en sécurité ; plutôt légère et capable d’aller aussi bien dans les chemins tortueux de la région du Bas Saint-Laurent que sur les routes secondaires, souvent fissurées et parsemées de nid-de-poules. Une moto sur laquelle elle se sente bien. Une moto qui devait refléter, son besoin et son choix, à elle. C’est donc en faisant fi des quelques commentaires (peu nombreux mais toujours « ennuyant ») qu’elle a pris possession de son Himalayan.

Assise, debout, dans les chemins de terre comme en bord de mer, Annie n’en démord pas, au guidon de l’Impératrice, elle se sent vivre. Et revivre. « Il n’y a pas de vie sans liberté. Et à moto, on la ressent et on l’apprécie encore plus, qu’importe le risque qu’il y a à conduire et à partager la route ».

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