Gin, whisky, acérum, j’ai (presque) tout goûté à la Distillerie du St. Laurent

Je m’baladais, sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui.» C’est sur cette célèbre chanson française que j’arrive à la Distillerie du St. Laurent, ce lundi 17 juillet. Je suis à Rimouski, dans la région du Bas Saint-Laurent, et il fait beau. Beau et sec. Pas chaud et humide comme j’ai pu le subir les deux jours précédents, en pleine traversée de la Gaspésie. J’en profite pour laisser quelques heures de répit à Indiana, histoire d’étancher ma soif. De connaissance s’entend.

En France, le tourisme vinicole est presque une institution. Un incontournable. Un must. En voiture, en vélo et même en moto, on a l’habitude de parcourir les routes du vin. Alsace, Bourgogne, dans le Bordelais ou encore les Corbières, toutes les régions y passent. Au Canada, plus spécifiquement au Québec, on vient y découvrir les micro-brasseries et, depuis peu, les micro- distilleries. Alors que l’on en comptait à peine une dizaine au début des années 2010, elles sont plus de 70 aujourd’hui. La Distillerie du St. Laurent fait partie des pionnières en la matière, créé par Jean-François Cloutier et Joel Pelletier, un duo de passionnés. Et motards.

Amateurs de spiritueux, ils réalisent au début des années 2000 l’engouement provoqué par le gin aux Etats-Unis et souhaitent faire partie des premiers producteurs au Québec, avec des matières premières locales. Pourtant, le marché québécois ne semble pas encore prêt et le pari est grand. Lorsqu’ils se lancent en 2015, l’image de cet alcool colle encore à la génération des baby-boomers voire à la précédente. Mais très vite, la mode propulse le gin au rang des spiritueux les plus consommés, au bar comme à la maison.

Après une phase de test dans un sous-sol avec un alambic créé de toute pièce à partir d’un chaudron, les deux amis lancent la distillerie St. Laurent. Elle devient rapidement un incontournable avec en vedette, le Gin maritime: « On souhaitait qu’il soit imprégné de la région du Bas Saint-Laurent, précise Jean-François. On a donc rencontré l’entreprise OrganicOcean qui commercialise des algues issues du fleuve Saint-Laurent et on a choisi la laminaire, qui donne cette couleur verte mais surtout ce goût d’iode.». Certainement, ces notes de la mer, on les retrouve dans ce premier Gin St.Laurent, et pour une Normande, ça goûte comme à la maison !

Grâce aux caractéristiques géographiques et climatiques de la région du Bas-Saint-Laurent, ils ont pu se tourner vers un autre spiritueux ; incontournable et indémodable : le whisky. Et c’est pour donner une identité forte et régionale que les deux amis ont déménagé la distillerie au plus proche du littoral, à côté du musée de la mer de Rimouski. On voulait faire vieillir nos fûts en bord de mer pour les soumettre à de rudes conditions, été comme hiver. La région est idéale, avec son vent salin et ses températures extrêmes. Notre entrepôt, composé d’un mur de gabion, force l’oxygénation donc le mouvement du whisky. On peut dire qu’il travaille. » La première année, le liquide du whisky était à -16 degrés, bienvenue au Québec ! Vous trouverez trois whiskys à la Distillerie, le 3 grains et le Rye, qui bénéficient de l’appellation après trois ans de vieillissement, et un Single Malt whisky de cinq ans d’âge, aussi présent dans la série limitée Exploration.

Mais le Québec ne serait pas le Québec, ou le Canada pas le Canada, sans un élément phare : le sirop d’érable. Roulement de tambours, Mesdames et Messieurs, alerte code rouge si vous êtes aussi fans que je le suis de ce produit, en sirop, en beurre, en gâteau. La distillerie s’est penchée sur la production d’Acerum, un spiritueux innovant et inédit, à base de sirop d’érable. Tout comme le gin, le processus de distillation est court et permet une commercialisation à l’année. Et puisque la série limitée Exploration concerne l’ensemble de la gamme produite par la distillerie, les ingénieurs ont décidé de faire l’expérience de vieillissement de cet alcool, en fût de mistelle de poire et… fût de Calvados ! J’ai eu l’occasion de goûter ce dernier pour un voyage plein de saveurs où seul le manque de place dans mes bagages a réfréné mon envie de repartir avec 3 bouteilles.

La Distillerie St. Laurent n’est pas qu’un simple établissement de fabrication d’alcools, que l’on visite pour mieux comprendre les processus de distillation des spiritueux et le vieillissement si particulier du whisky. La distillerie est aussi un lieu où l’on vient déguster les cocktails imaginés par Vincent, mixologue en chef, servis par Riwan, derrière le comptoir depuis un an, et accompagnés de gourmandises locales comme la tomme de Kamouraska au poivre, issue de la Fromagerie du mouton blanc ; la mousse d’anguille du restaurant l’Arlequin ou encore le végépâté de l’épicerie L’Ardoise.

Si vous passez par Rimouski, allez visiter la distillerie St. Laurent. Avec un peu de chance, vous arriverez au moment où l’espace extérieur est ouvert et proposera un DJ set ou autre animation, pour une expérience 100 % régionale. Et testez le cocktail Brise d’été, il vous fera voyager sur le fleuve en restant les pieds bien à terre. N’en abusez pas toutefois.

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