« Salut, comment ça va ??? » Grandes embrassades qui surviennent, comme si l’on se connaissait déjà depuis un petit bout de temps. C’est presque vrai. On venait de se quitter au Backroad Ball, la semaine précédente. Mais surtout, Josée fait partie des premières personnes que j’ai contactées avant même de débarquer sur le continent. J’avais énormément de questions sur le camping sauvage et le moto camping. Car pour moi, le camping se résume à deux soirs par an, en été, avec les copains, autour d’un étang privé. Le seul animal jamais vu est un crapaud qui nous réveille de bon matin. À l’inverse, Josée est une adepte de cette pratique. Cela fait vingt-cinq ans qu’elle pose sa tente et son tapis de sol – désormais devenu tapis de sol et lit de camp, pour plus de confort – dans les plus belles régions du pays.

Ce n’est qu’en 2018 qu’elle décide de passer son permis moto. Depuis, elle a sillonné de nombreuses routes au Québec, en Ontario et dans les provinces de l’est, avec ses sacs toujours bien ficelés sur sa Harley Davidson. Enfin, presque. En revenant de la Cabot trail, après avoir participé au Backroad Ball, elle perd son pardessus de pluie. Outre le côté affectif, revenir sous une pluie battante et être trempée jusqu’aux os pendant 3 heures n’a rien d’une partie de plaisir. Mais chaque motard.e le sait, cela fait partie de « la game ». Et Josée n’est pas du genre à se décourager. Une qualité indéniable pour celle qui vient d’emménager dans une autre Province, à plus de dix heures de route de son Montréal natal, dans une maison construite au tout début du 20ème siècle qu’elle rénove de fond en comble.
Comme dans tous ses projets, Josée encourage les femmes à se faire plus confiance. En tant qu’électro-mécanicienne de formation, elle a connu les clichés et le sexisme liés à cette profession « d’hommes » et se souvient des regards dubitatifs. « Porter des charges lourdes est difficile autant pour les femmes que les hommes. Que l’on pèse 70kg ou 100kg et mesure 5 pieds ou 6 pieds, quand il faut décharger du matériel de 50kg, tout le monde peine et tout le monde s’adapte ». Armée de cette conviction, elle parvient rapidement à quitter le terrain pour un poste de responsable des achats. Entre sa connaissance pointue du matériel en stock et des réalités opérationnelles, elle devient vite un exemple et réussi en un tour de main à convaincre ses homologues masculins de ses compétences. Et devient vite indispensable !
Dans sa nouvelle maison, même topo. Sans formation directe en bâtiment ou rénovation, elle a pourtant décidé de la retaper elle-même. Un pari pas si fou que ça, où les conseils pris à droite et à gauche et le bon sens lui ont déjà permis d’abattre assez de travail pour lui permettre d’affronter le rude hiver du Nouveau-Brunswick.

Mais c’est à moto, ou en moto camping, que sa philosophie est encore plus palpable. Elle voyage seule et a appris à se faire confiance pour le choix de son équipement et sa fixation sur la moto. On ne le dit jamais assez, le moto camping permet de développer une passion pour le Tétris. Ou sa détestation, si la patience vous fait défaut. Josée en est persuadée, il suffit d’un rien pour se lancer à l’aventure. Et c’est ce que lui ont demandé plusieurs motardes du collectif Les Litas, de Montréal rive-sud : après une courte formation dans son petit appartement de Montréal, elle embarque les Litas pour une fin de semaine de moto-camping au lac Mégantic. « Après ce petit cours, certaines sont parties seules pour plusieurs jours. Parfois, on a juste besoin d’un petit kick pour comprendre que l’on est capable de faire autant que n’importe qui. »
Et avec Josée, les fils de la vie sont entremêlés. C’est elle qui m’a mise en relation avec les Litas de Montréal, Nancy qui m’a hébergée à Québec, puis Catherine à Rimouski et enfin, Tim dans un futur proche à Régina. Sans avoir rejoint les Litas de Montréal, j’ai au moins rejoint la gang de Josée et ses chums. C’est ça aussi l’esprit motard.e.


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