Pendant plusieurs semaines j’ai cru discuter avec Meryem. En fait, c’était Vanessa. Par soucis de protection de sa vie privée, elle a choisi un pseudonyme sur Facebook, une méthode bien connue et encore trop utilisée par un grand nombre de femmes, même en 2023. Passons.
Son parcours au Canada est similaire au mien. Ou le mien, au sien. Elle obtient son permis de travail ouvert en 2018 et arrive au Québec l’année suivante. Son projet ? Traverser le pays d’est en ouest et rejoindre le cercle polaire, au nord du Yukon, à Tuktoyaktuk. Ce type de voyage ne serait pas une première pour elle. Après avoir obtenu son permis moto en 2008, elle a parcouru de nombreuses routes dans l’Hexagone avant que la piqûre des grands espaces ne surviennent. Elle a à peine 30 ans lorsqu’elle décide de partir deux ans en Australie avec le permis de travail ouvert (PVT). « Une fois les démarches effectuées, j’ai prévenu ma mère, ça a été un petit choc de savoir que je partais trois semaines plus tard ». Roadtrip en van, fruit picking, manutention dans un ranch, elle vit le rêve australien de beaucoup d’autres pvtistes avant elle (et après elle). Son visage s’illumine à chaque instant à l’évocation de ces souvenirs. À l’issue des deux années, elle demande une prolongation de 6 mois puis se lance dans les démarches pour obtenir un autre PVT. Direction la Nouvelle-Zélande cette fois ! L’île fait aussi partie des destinations plébiscitées par les 18-35 ans français.es. Pourtant, après l’immensité australienne et son hostilité, elle est moins convaincue par le pays, malgré un périple à moto ! Et sa soif de découverte est toujours présente, dans ce vaste monde aux possibilités infinies.
C’est ainsi qu’à l’automne 2018, elle s’inscrit à l’Expérience Internationale au Canada, espérant être sélectionnée et y travailler temporairement. C’était sans se imaginer une seule seconde qu’elle recevrait l’invitation à présenter sa demande après quelques semaines d’attente seulement, alors qu’elle se trouve toujours en Nouvelle-Zélande. Certaines personnes attendent des années ! À l’échéance de son permis de travail néo-zélandais, elle s’élance plus motivée que jamais en direction du nouveau monde. « Je voulais aller dans les territoires du nord-ouest, traverser le pays, voyager, visiter, travailler. J’ai vu une offre de woofing pour aider un couple avec leur chiens à traîneaux, dans une petite ville du nord du Québec ». Ce couple, c’est Carole et Michel, qui deviendront le papa et la maman québécoise de Vanessa. Cette petite ville, c’est Fermont, à la frontière avec le Labrador. Une ville minière, une ville de quelques centaines d’habitants – et encore moins d’habitantes, comme me le confie Louis-David – une ville protégée par « le mur-écran », un édifice protégeant la population des tempêtes de neige et du froid glacial qui sévit au cœur de l’hiver. Vanessa tombe en amour avec cette ville et ne la quittera pas. « Cet endroit, c’est ma liberté. Quand je regarde par la fenêtre, vois le lac à mes pieds et les forêts qui s’étendent à perte de vue, je n’ai pas envie d’être ailleurs. » Louis-David, son mari, en est aussi convaincu : « Je peux me trouver au cœur de la forêt en moins de trente minutes, sans personne, avec juste la nature pour compagnie. Il n’y a pas beaucoup de lieux qui permettent cette tranquillité. Je ne ferme même pas la porte à clé, ici, tout le monde se connaît et tout le monde apprécie cette liberté ».

Vanessa et Louis-David se marient peu de temps avant l’expiration du visa de la jeune femme. Ils obtiennent de la maire de la commune l’organisation de la cérémonie en haut du mont Daviault. Louis-David s’y rend en moto-neige. Pour deux passionnés de deux-roues et apparentés, difficile d’envisager les choses autrement. Et il ne faut pas l’oublier, la saison motocycliste est courte au Québec ; encore plus au nord de la province, comme à Fermont. C’est un autre plaisir, celui de la glisse sur neige à travers les bois ou sur les lacs gelés que Vanessa a découvert en arrivant ici. Elle est ravie et son bonheur est contagieux.
Avec Louis-David, elle partage aussi le même employeur, Arcelor Mittal. L’exploitation de minerais a toujours cours à Fermont et la mine emploie la moitié de la population locale. Son CV a peine déposé, Vanessa a obtenu un poste de conductrice de 240 tonnes puis 400 tonnes, des camions de plusieurs mètres de hauteur, avec des roues de trois mètres, et qui approvisionne les foreuses. Un poste physique et exigeant, majoritairement occupé par des hommes. Elle le partage avec seulement 3 autres femmes. Pourtant, Vanessa ne regrette absolument pas ce choix et se sent à sa place, au sein d’un secteur à dominante masculine. « J’aime mon métier et je le fais bien. Cela prend du temps mais les femmes arrivent de plus en plus à accéder à des postes auparavant réservés aux hommes. ». Louis-David est un soutien sans faille et souhaite que les entreprises, quel que soit le secteur d’activité, accélèrent l’ouverture des postes aux femmes. « Si elles sont compétentes et plus que des hommes, pourquoi ne pas les embaucher ? ». Décidément, leur optimisme aussi est contagieux.

Si Vanessa a mis en pause sa volonté de traverser le pays en moto, elle a pourtant trouvé un partenaire pour la vie, et avec qui découvrir les plus belles routes du pays. Cet été 2023, ce sera Terre-Neuve et Labrador, deux semaines après mon passage. Coïncidence vous avez dit ?


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