Chicoutimi : Mon premier bunk-a-biker au Québec

Bunk-a-biker, c’est cette carte communautaire internationale, où les motards et motardes offrent un hébergement à leur camarades motocyclistes, sans contrepartie autre que celle d’en bénéficier à leur tour, en cas de besoin. Un bout de terrain pour planter sa tente ou chambre privée, voilà le couchsurfing version moto. Avec, bien souvent, repas et balades partagés.

Émilie et Dave sont les premiers que je contacte via cette plateforme, au Québec. J’avais visé la région du Lac Saint-Jean pour ma deuxième étape. Dans l’ouvrage Le Québec à moto que je m’étais procuré en février, j’avais vu la belle route 155, le long de la rivière Saint-Marice, passant à proximité du parc de la Mauricie. Un premier paysage de rêve et assez de courbes pour commencer à tester l’habileté au guidon de la V-Strom.

Le lieu était fidèle à la description et la perspective de deux nuits de camping avec les canards pour compagnons et le réveil face à la rivière Chicoutimi, alléchante. C’était pourtant avant de vérifier les conditions météorologiques. Dave et Emilie me proposent alors de planter, ou poser, ma tente sur leur terrasse. On garde la vue mais on s’évite l’humidité. Camping de luxe vous avez dit ? Je m’attendais également à tester la popote de camping, moi, grande novice, mais c’était sans compter sur leur hospitalité. Ils m’accueillent comme une amie de longue date et je passe deux soirées mémorables avec eux.

Tous les deux ont la petite trentaine. Curieux, rêveurs, aventuriers, ils ont le rire facile. Et possèdent deux motos de caractère. Honda CB650R pour Emilie ; Triumph Speed Twin pour Dave. Deux naked ou roadsters, comme nous le disons en France. Deux machines avec lesquelles frotter les cale-pieds dans les courbes de la 172 ou la 381 sonne comme une évidence. Deux récentes acquisitions pour deux motocyclistes dont l’expérience ne fait aucun doute. Emilie a d’abord commencé par la motocross avant de passer son permis il y a quatre ans. Asphalte ou forêt, le plaisir est différent. Mais elle est tellement passionnée que dès l’ouverture de la saison, le 15 mars, elle était déjà dehors. Qu’importait la neige encore présente et le froid glacial – rien d’étonnant ici – elle n’a pas pu s’empêcher d’aller faire chauffer la gomme, rugir le moteur, tourner la poignée de gaz. Vous voyez le topo. « Elle est folle » me dit Dave en riant. En regardant les photos de ladite journée, je ne peux pas m’empêcher de considérer ce mot. Mais qui diable voudrait bien sortir sa moto quand l’asphalte presque gelé ne fera jamais suffisamment monter la température de vos pneus ou que votre manteau d’hiver ne sera jamais suffisant pour maintenir votre corps au chaud ? C’est vrai que l’hypothermie, Dave, il connaît. Fou rire général quand il raconte avoir fait l’aller-retour à Québec, il y a deux ans, sans équipement spécifique, sous la pluie. Il est revenu si bleu et tremblotant que la douche froide lui paraissait brûlante. Avis aux amateurs et amatrices !

Pour beaucoup de motard·es, l’appel du guidon est souvent trop fort, c’est comme un besoin presque vital de retrouver sa liberté ; liberté d’action, liberté de mouvement. « La saison est trop courte au Québec pour ne pas sortir dès le début, même pour dix minutes ». Avec sept mois d’autorisation, difficile de ne pas comprendre cette impatience. Mais pas sûre que j’aurais osé affronter la neige, team Dave ici.

Tous les deux pratiquent la moto dès qu’ils en ont l’occasion. Rouler ensemble, ils savent faire. Mais rouler en groupe, ce n’est pas trop leur truc. Ils préfèrent ne pas être coupés au milieu de l’enchaînement d’une dizaine de courbes, plutôt que s’arrêter à chaque point de vue. Pourtant, ils s’émerveillent sans cesse des paysages qui s’étirent devant leurs yeux et prennent plaisir à refaire mille fois la même route, dans un sens comme de l’autre. Sentiment partagé.

Je manque de rouler avec eux. Le deuxième jour est trop pluvieux et en revenant de ma découverte des environs, je suis trop tannée pour repartir. Et trempée. La soirée de dégustation du plat typique de la région, la tourtière, accompagnée d’une bière au bleuets – les meilleurs du Québec – était bien plus tentante.

Si vous décidez de vous balader dans le coin et voyez deux motard·es vous dépasser à vive allure, faites un signe et venez jaser. En plus, ils vous raconteront peut-être comment ils ont assisté, hilares mais pas trop, à mon montage de tente, à l’envers.

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