Proposer un article sur un bar sur un site dédié au voyage à moto ? Kesako ? Laissez-moi rembobiner le fil. Remonter le cours de l’histoire. Faire un retour en arrière.
Dans un précédent billet, j’évoquais la particularité de pratiquer la moto au Québec. On parle de saison motocycliste, du 15 mars au 30 novembre. En dehors de cette période, interdiction de rouler sauf si vous possédez une dérogation ou des pneus d’hiver. Pas évident donc.
Qui dit saison, dit également marché de vente et d’achat cyclique. Sans vous assommer avec un cours d’économie, il est plus facile d’acheter une moto en hors saison qu’à quelques jours de son ouverture. Dès février, j’ai donc commencé mon investigation. J’avais repéré 4 modèles différents : la Ténéré 700 de Yamaha, la KLR 650 de Kawasaki, la Versys 650 de Kawasaki et la V-Strom 650 de Suzuki. Que des Japonaises ? Moins onéreuses à l’achat et en maintenance, mais surtout, plus de concessionnaires et de pièces à disposition que pour une célèbre marque allemande et sa concurrente anglaise, toutes deux pourtant adorées des motocyclistes d’aventure. Ça sera pour une prochaine fois.
Après des essais en France de la Ténéré 700, Versys 650 et V-Strom 650, j’ai éliminé la première à cause de sa hauteur de selle où le manque de confiance m’a presque fait chuter en sortant de la concession caennaise qui me l’avait prêté. J’ai aussi fait une croix sur la Versys pour son envergure et sa moindre disponibilité sur le marché canadien. Restaient en jeu la V-Strom et la KLR- et pourtant, je ne parvenais pas à trouver cette dernière en France. Les deux possédaient les mêmes caractéristiques en matière de praticité pour mon voyage. Utilisées par de nombreuses personnes dans le pays, elles étaient respectées pour leur fiabilité, leur solidité (on parlera des chutes plus tard), leur facilité d’entretien quotidien et leur autonomie en carburant (on parlera des distances plus tard).
Me voici donc, à 6 semaines du départ, à fouiller tous les sites de reventes connus au Québec à la recherche de la perle rare. Dans le même temps, je crée mon parcours, cherche des hébergements et me renseigne sur une multitude de choses comme le camping sauvage, les équipements de la moto et du camping, les sites à ne pas manquer, les étapes incontournables. Bref, je me prépare sur tous les fronts.
Dans mes prises de contacts, j’en viens à discuter avec un vendeur de la KLR, Dan. Il est de retour au Québec après quelques années passées en République dominicaine (lieu ajouté à ma bucket-list) et s’intéresse de très près à mon projet. Très vite, il me propose de jeter un œil à mon itinéraire afin de s’assurer que je n’ai pas surestimé mes capacités ou plutôt, sous-estimé les distances entre chaque étape et le temps des trajets. Moi qui souhaitais simplement en savoir plus sur cette moto, je me retrouve avec une multitude de conseils sur tous les sujets qui concernent mon voyage. Des conseils qui ne demandent aucune contrepartie. Il trouve le projet incroyable. Une phrase prononcée très rapidement me confirme, sans naïveté, que je suis tombée sur une bonne personne. Bonne, relatif à la bonté. Il y en a plus qu’on ne le croit, on a souvent plus tendance à mentionner et à s’attarder sur celles qui ne le sont pas.
« Si mes filles envisagent de faire un voyage similaire un jour, j’aimerais qu’elles aient de l’aide et partent en tout sécurité ». Je n’achète finalement pas sa KLR malgré son excellent état et avec peu de kilomètres au compteur. Il est le premier à m’en dissuader au regard de la hauteur de selle et de l’éventuel temps nécessaire à sa prise en main. Pour mon voyage, mieux vaut une moto sur laquelle j’ai déjà eu un bon ressenti lors de mes essais français. C’est donc sur la V-Strom que je partirai.
Mais l’histoire avec Dan ne s’arrête pas là. Il est l’une des premières personnes que je rencontre une fois arrivée à Montréal et à m’accompagner dans ce projet fou. C’est là que je découvre le lieu susmentionné : la Brasserie Cherrier. Là, j’y rencontre Sophie, l’une des salariées de shift de jour, mais aussi Ginette, Annie, Gilles et plusieurs autres Québécois et Québécoises. Ils sont accueillants, drôles, excentriques à leur manière, bienveillants, curieux. Et bien décidés à me fournir le meilleur accueil. J’apprends les expressions locales, le français québécois, les histoires de Montréal et de villes alentours, mais aussi leurs histoires, et l’histoire de la brasserie. Elle est dans la même famille depuis trois générations déjà. Avec des machines à sous, des billards et des télévisions qui retransmettent les sports nord-américains (ne cherchez pas de soccer, ici on jase surtout football, baseball et hockey), me voilà plongée dans une atmosphère typique du coin. Enfin, du bout devrais-je dire. Et pensez à prononcer le t de bout.
Chaque instant passé avec les habitué.es me permet de découvrir des parcours de vie peu communs et je comprends que ce lieu sera à la fois mon point de départ et de retour. Alors que je m’apprête à partir, je décide de leur payer une dernière visite et les rassure, je reviendrai avec une ribambelles d’histoires inédites. Celles que je n’écrirai sûrement pas ici et celles qui se content uniquement autour d’une Molson ou d’un cidre fruité. D’ici là, si vous voyagez dans la belle province, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Cherrier. Et si vous rencontrez Ginette, demandez-lui comment elle a réussi à faire du stop en hélicoptère. Mais attention à ne pas virer une brosse si vous abusez du Sortilège !


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