Acte 1, scène 3 : « on dirait le Sud »
Le chant des oiseaux finit par me réveiller, il est déjà 8h30. Le soleil est levé depuis belle lurette et illumine de sa douce lumière le jardin sauvage. Lieu féerique, serais-je encore en train de rêver ? Armando est déjà debout, comme Marie la veille. Je réalise être une grande dormeuse. Le café m’attend – il est déjà temps de remonter en selle. La belle a dormi au chaud, avec les deux dames du maître du logis. Nous faisons une dernière vérification, Armando change les attaches des soufflets de joints spis, m’aide à charger et je repars vers de nouveaux horizons avec ce sentiment de plénitude qui ne me quittera pas jusqu’au retour en Normandie. Je me promets de rester en contact avec lui puisqu’il se trouvera bientôt dans le coin afin de partir en roadtrip en Irlande et d’embarquer sur le ferry à Cherbourg.
250 kilomètres me séparent de Toulouse. Je sens comme une odeur de printemps dans l’air. Du moins, une fois Brive-la-Gaillarde atteinte. Tout le long de la D17, une grande prudence était demandée pour négocier la chaussée glacée. Une fois passée la frontière avec le Lot, fini l’hiver, fini les gants chauffants, fini les petites routes à travers la forêt et place à une traversée le long du Parc naturel des Causses. L’envie d’arriver en début d’après-midi à Toulouse a freiné toute velléité de bifurcation malgré l’alléchant panneau Rocamadour. Et je ne regrette pas une seconde. La route jusqu’à Cahors était déserte et j’ai pour seuls compagnons de voyage un camion espagnol et l’un de ramassage de déchets, suivis et croisés à plusieurs reprises, au gré de mes courts arrêts pour immortaliser le paysage traversé. Un relief plus accidenté, des dénivelés plus importants, des passages plus larges.

J’ai l’impression de retourner en Californie sur la route côtière. Je laisse vite le souvenir derrière mois pour me concentrer et m’en créer de nouveaux, à l’aube de cette nouvelle année. Qu’il fait chaud dans le sud. Pas étonnant que la région soit si sèche. Et je n’ose pas imaginer la situation ailleurs, en Provence notamment. J’arrive très vite, peut-être trop, dans le Tarn-et-Garonne. Il faut dire qu’il était tentant de donner des petits coups de gaz pour remonter les côtes. Le changement de décor s’annonce et je décide d’une pause à Montauban pour faire tomber, non pas la chemise, mais le pantalon d’hiver et remettre un pantalon d’été. Toujours renforcé et protecteur, n’allez pas imaginer que je roule en jean, claquette-chaussette. Je n’ai pas de scrupule à effectuer cette transition dans les toilettes du Mcdo de la zone industrielle. Après tout, n’ai-je pas déjà enfreint ma propre règle de ne pas y consommer, après avoir pris deux pauses café au sein de leurs franchises, en Normandie puis en Haute-Vienne ? Qu’il est agréable de ne plus porter de couche épaisse et lourde. Je pense même à enlever mon pull pour m’aérer totalement. Enfin, pas à finir en sous-vêtements non plus.
A l’issue de cette pause-minute, deux choix s’offrent à moi. Et je me trompe, sinon l’histoire manque de saveur. Alors que j’aurais pu traverser les villes ou plutôt, villages, de Fronton, Orgueil, L’Union et photographier les panneaux d’entrée pour en faire des memes ou jeux de mots, j’emprunte la RN 10, aussi nommée Route de Paris. Quelle erreur. Cette heure est la plus longue et ennuyeuse du parcours. Je vais de zone industrielle en zone industrielle, roule à 70 km/h, et me frotte trop rapidement à une dense circulation. On apprend tous les jours, aujourd’hui n’y déroge pas. Mais je quitte rapidement mon bougonnement (inaudible pour les autres et moi-même) et retrouve le sourire en entrant dans Toulouse. J’avais découvert la ville rose en octobre, en plein été indien et retrouve une ville chaleureuse où je sais pouvoir me poser pour trois nuits. Finalement, j’en ajouterai une quatrième. Mais d’abord, place à une journée « off ». En réalité, deux.



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